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Groupe D2A2 : Droits et Devoirs
d’Agents Autonomes Responsable : Olivier Boissier (EMSE), Catherine Tessier (ONERA)
Comme nous l’avons vu dans ce qui précède, l’une des
particularités des SMA est de placer l’autonomie [26] [28]
au coeur du comportement des agents et du système luimême.
Les agents ayant différentes tâches à réaliser, selon
des contraintes diverses - par exemple suivre un protocole
de négociation, suivre un schéma de coopération pour un
partage de tâches avec d’autres agents, avec l’utilisateur ou
un opérateur - il est important de mettre en place des mécanismes
de régulation et de contrôle assurant la coopération
et la cohérence du fonction-nement global des agents.
Les évolutions actuelles dans de multiples domaines
(commerce électronique, jeux inte-ractifs, robotique sociale
ou collective, intelligence ambiante, etc.) renforcent
cette exigence de contrôle et de régulation tout en assurant
flexibilité et efficacité pour répondre à l’augmen-tation de
l’hétérogénéité des agents, de l’ouverture et de la dynamicité
des applications. À terme, tout un chacun sera (est) en
interaction avec des applications, des services informati-sés
de plus en plus enfouis dans notre quotidien et de plus en
plus autonomes. Que faire en effet, lorsqu’un agent génère
seul l’intention d’acheter ou de vendre un bien, lorsqu’il
trans-met ou traite des données personnelles de son utilisateur,
lorsqu’il agit dans des systèmes tiers en y consommant
des ressources et éventuellement y causant/subissant
des dommages ?
Les travaux dans le domaine ont ainsi proposé différents
modèles, langages et architectu-res pour définir ce que l’on
désignera demanière générale par la suite, des droits et des
de-voirs d’agents autonomes. Ceux-ci se déclinent en organisations,
en politiques de conversa-tion, en normes, etc. Il
est à noter qu’au-delà de ces productions scientifiques et
technologiques, de nouveaux champs de réflexion tant au
niveau des usages que du droit ont été également ouverts.
Les travaux et réflexions menées au sein de D2A2 s’organisent
ainsi autour des trois axes suivants :
- la régulation et le contrôle des interactions entre des
agents autonomes impliqués dans diverses coopérations
dans un système en constante évolution afin
d’assurer cohérence, efficacité et flexibilité ;
- la régulation et le contrôle du partage d’autorité entre
utilisateurs/opérateurs et agents autonomes ;
- l’analyse des implications légales en termes d’anonymat,
de protection de la vie pri-vée, d’identité, de
modèle de propriété de logiciel, de responsabilités
afin d’ancrer ces nou-veaux systèmes de transactions
électroniques dans le monde réel.
Comme nous l’avons mentionné, ces travaux se déclinent
en multiples propositions : (i) de langages et d’architectures,
(ii) de formalismes de représentation et de raisonnement,
(iii) de réflexion sur l’intelligibilité des SMA par
les opérateurs ou les utilisateurs, sur les complémentarités
et interactions entre les modèles du niveau multi-agents et
lesmodèles du niveau agent. Nous allons les parcourir rapidement
dans ce qui suit selon les deux premières directions
énoncées ci-dessus 1.
Régulation et contrôle
La régulation et le contrôle de systèmes d’agents autonomes
ne sont pas une problémati-que nouvelle dans le
domaine 2. Dès les débuts de l’Intelligence Artificielle Distribuée,
il a été question d’exprimer des stratégies globales
afin d’aider et de faciliter la coopération entre des résolutions
entreprises localement au sein des agents (e.g. [3] [33]
[34]). La prise en compte de systèmes ouverts et fortement
hétérogènes a conduit à l’abandon des hypothèses de bienveillance,
d’altruisme des agents. Les schémas de coopération
qui étaient proposés comme une aide, ont ainsi été
transformés en schémas de coopération visant à contrôler
et à contraindre le comportement des agents. Ces schémas
de coopération ont ainsi pris la forme de langages ou modèles
d’organisations normatives (e.g. [20] [29]), de normes
(e.g. [17] [6]), de lois sociales [52]. Certaines de ces propositions
sont accompagnées d’outils de vérifica-tion, de validation
et de cohérence. Certaines sont également complétées
d’intergiciels dédiés à la gestion et au renforcement des
droits et des devoirs exprimés (e.g. [19] [30]).
Se focalisant sur le niveau agent, des travaux ont proposé
des modèles et des architectu-res d’agents capables
de raisonner sur leurs droits et sur leurs devoirs dans le
système (e.g. [10]). Différents types d’agents normatifs ont
ainsi été proposés (e.g. [12]) afin de participer à des organisations,
de raisonner sur les normes et lois en vigueur dans
le système, etc.
Alors que certaines approches promeuvent la mise en
place d’une partie tierce (intergi-ciel), en dehors des agents,
pour réguler et contrôler leur comportement, certains travaux
défendent une approche se référant à la notion d’ordre
social [13] où les agents eux-mêmes mettent en place les
modèles et les mesures pour contrôler et exclure du système
les agents qui ne respectent pas les lois globales. Ce
sont notamment toutes les approches relatives aux notions
de confiance, de réputation (e.g. [18] [48]), etc.
Enfin, de nombreux travaux viennent compléter ces approches
en s’intéressant à la dy-namique et à l’évolution
de ces schémas de coopération en termes d’émergence et
d’évolution de normes ou d’organisations (e.g. [15] [45]
[55]).
Partage d’autorité
Nous sommes de plus en plus amenés à déléguer ou envisager
de déléguer des tâches fastidieuses, coûteuses, dangereuses,
à des agents informatiques ou physiques. Cette
délégation est indubitablement liée à l’autonomie conférée
aux agents d’une part, et au contrôle conser-vé sur les
agents eux-mêmes d’autre part. La définition et la mise
en oeuvre de ce partage d’autorité appartiennent aux défis
majeurs de notre cohabitation avec des entités que nous
concevons, peut-être paradoxalement, pour être à la fois
autonomes et à notre service. Se reporter à [7] pour un exposé
de différentes positions et illustrations de cette problématique.
Le partage d’autorité entre agents et opérateurs ou utilisateurs
renvoie à la manière dont les fonctions de la boucle
de décision au sein du système sont réparties ou partagées
entre les humains, agents logiciels ou physiques inscrits
dans le système. Il se décline ainsi en différents travaux relatifs
à la définition de règles de détention de l’autorité ou du
pouvoir de décision [16], au contrôle de l’interaction opérateur
/ agent, à la définition de mécanismes de reprise en
main ou de veto émanant de l’opérateur ou des agents, à
l’expression de normes pour les agents et de normes pour
les utilisateurs ou opérateurs [40] ;
La plupart du temps, un partage d’autorité implique que
les agents logiciels ou physiques soient équipés d’un certain
niveau d’autonomie vis-à-vis des décisions prises par le ou
les humains. C’est le cas par exemple en contrôle collaboratif
[21] ou dans le cadre d’initiatives mixtes [25]. Cette autonomie
induit une dynamique du partage d’autorité [38] se
traduisant par le fait qu’un agent (humain ou logiciel) prend
le contrôle sur une action alors qu’il ne l’avait pas, de manière
prévue ou non. Ceci peut être motivé par le constat
que l’agent ne " sait pas faire " de manière autonome (défaillance,
obstacle, danger imminent...) ou pour toute autre
raison qui est propre à l’agent qui prend le contrôle et qui
n’est pas forcément exprimée. D’autre part, un agent peut
reprendre le contrôle de lui-même parce que ses connaisances
courantes (suivi de situation) sont en contradiction
avec l’action qu’un autre agent (par exem-ple l’opérateur)
veut lui faire faire (violation de normes, ordres successifs
contradictoires...) ou bien que les communications avec
l’agent qui a l’autorité sont rompues.
-
[25] M. Goodrich, T. McLain, J. Crandall, J. Anderson, J.
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